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Que se passe-t-il dans le secteur des organismes axés sur la communauté noire, dirigés par des personnes noires et au service des populations noires?

Que se passe-t-il dans le secteur des organismes axés sur la communauté noire, dirigés par des personnes noires et au service des populations noires?

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On dit souvent du Canada qu’il est une « mosaïque culturelle » – un mélange de divers groupes ethniques et de différentes cultures et langues, qui se reflète également dans la diversité des organismes à but non lucratif (OBNL) canadiens. Ces organismes, qui varient en taille, en mission et en démographie, s’attachent à offrir des services à un groupe précis ou à résoudre un problème dans la collectivité. Selon Statistique Canada, « la population noire représente actuellement 3,5 % de la population totale du Canada et 15,6 % de la population définie comme faisant partie d’un groupe de population désigné comme minorité visible ». Par conséquent, de nombreux OBNL ont vu le jour afin d’offrir des services à cette population croissante et mal servie. Les organismes axés sur la communauté noire, dirigés par des personnes noires et au service des populations noires (ci-après « organismes de la communauté noire ») continuent de jouer un rôle essentiel pour aider les membres vulnérables de cette communauté, du fait de leurs expériences communes et vécues.

Actuellement, les organismes de la communauté noire sont conscients qu’ils sont sous-financés de façon disproportionnée et négligés au sein du secteur philanthropique canadien, et ils demandent que l’on remédie à cette situation. Ils ont cerné trois obstacles à éliminer pour y parvenir.

Premier obstacle : les inégalités et les entraves excessives en matière de collecte de fonds. Nos régimes gouvernementaux ont instauré des lois pour garantir les mêmes droits et les mêmes possibilités pour tous, sans égard à l’origine. Par exemple, le Plan stratégique triennal de l’Ontario contre le racisme précise que la race ne devrait jamais limiter les possibilités. Or, malgré ces lois, la communauté noire se heurte encore à des contraintes évidentes lorsqu’elle demande du financement ou des subventions. En tant qu’organisme ayant contribué au rapport Non financé, nous savons que les dix plus grandes fondations ont versé seulement 0,03 % de leurs fonds à des organismes dirigés par des personnes noires pendant les exercices 2017 et 2018. Ce pourcentage représente un montant minuscule qui ne peut pas garantir la viabilité.

Deuxième obstacle : le non-accès aux données requises pour soutenir les programmes et les activités de collecte de fonds des organismes dirigés par des personnes noires. Le Canada ne recueille pas de données désagrégées sur la race, ce qui a pour effet de masquer les expériences vécues par la population noire. Sans ces données, les gouvernements et les institutions prennent leurs décisions sans avoir un réel portrait de la réalité, et les organismes de la communauté noire, de leur côté, ne peuvent pas justifier leurs demandes de financement à l’aide de données quantitatives. On constate que la majorité des données collectées précédemment sont tendancieuses, ce qui conduit à des hypothèses qui ne reflètent pas le caractère unique de ces organismes. On voit aussi à quel point le financement a changé en raison de la pandémie de COVID­‑19. De nombreux bailleurs de fonds ont élargi leurs capacités de financement, mais de nombreux organismes de la communauté noire demeurent sous-financés en raison des exigences d’admissibilité, ce qui ajoute des restrictions supplémentaires au financement potentiel.

Troisième obstacle : l’absence de leadership philanthropique noir. Sans une optique philanthropique noire, les besoins réels de la communauté noire demeurent inconnus; on répond seulement aux besoins perçus. Nous avons besoin de plus de leaders noirs capables de cerner les besoins de la communauté et de coordonner les actions avec les bailleurs de fonds pour créer un financement significatif et durable pour tous.

Le Centre for Young Black Professionals (CEE) a jusqu’ici participé à plusieurs activités pour plaider en faveur d’un financement accru des organismes axés sur la communauté noire, dirigés par des personnes noires et au service des populations noires. En 2021, la pandémie ayant mis en lumière l’inefficacité dans la distribution des ressources, CEE s’est associé avec un collectif pour élaborer un tableau des bailleurs de fonds qui soutiennent des organismes de la communauté noire, ce qui s’est traduit par un financement provincial et municipal de près de 4,5 millions de dollars versé à des organismes de la communauté noire de la région du Grand Toronto.

La communauté de pratique (CdP) Black to the Future (BTTF) est une autre initiative que nous avons conçue en partenariat. La CdP soutient les organismes de la communauté noire pour établir l’infrastructure interne, perfectionner leurs compétences et renforcer le leadership grâce à des ateliers sur le renforcement des capacités d’adaptation connus sous le nom de « laboratoires d’apprentissage », à des activités de réseautage, à des activités de plaidoyer et au partage de ressources. Chaque année, la BTTF organise un sommet « Black to the Future » qui réunit des spécialistes du secteur sans but lucratif et des organismes émergents qui souhaitent franchir une nouvelle étape dans leur croissance et leur développement.

L’importance de renforcer les capacités des organismes de la communauté noire

Compte tenu des constats tirés de la pandémie, le renforcement des capacités d’adaptation de ces organismes s’avère essentiel si l’on veut travailler ensemble pour renforcer les organisations et les personnes afin de changer les systèmes inéquitables qui font en sorte que la communauté noire ne reçoit que peu de soutien, voire aucun. En veillant à ce que les organismes de la communauté noire disposent de ressources et d’investissements durables, nous réussirons à éliminer les barrières institutionnelles et systémiques et à accroître l’accès aux possibilités et aux ressources pour corriger la situation, renforcer la communauté et faire du réseautage afin de promouvoir la mobilité sociale de la communauté noire.

Nous voulons former et favoriser une voix collective pour influer sur les politiques et créer un front commun capable de soutenir géographiquement et culturellement les organismes locaux et nationaux existants et les nouveaux OBNL axés sur la communauté noire, dirigés par des personnes noires et au service des populations noires. Nous devons poursuivre nos efforts pour faire en sorte que la communauté noire n’ait pas simplement un siège à la table, mais bien une voix et un rôle pour profiter du soutien et de l’attention sans précédent en raison de la pandémie de COVID‑19 et faire part des injustices raciales qu’elle subit.

Nous continuons de recueillir des données sur les organismes de la communauté noire et nous nous efforçons de créer une communauté de pratique cohérente. En adoptant une approche dynamique, moderne et reproductible en matière de renforcement des capacités, nous pouvons favoriser l’amélioration de la communauté et de son impact, la durabilité et le leadership stratégique afin d’assurer la viabilité à long terme des organismes au sein de la communauté noire.

Personne ne peut nier la valeur du secteur sans but lucratif. Les OBNL et les organismes de bienfaisance canadiens représentent environ 8,4 % du PIB nominal de l’économie canadienne. Tous les organismes du secteur, depuis les entreprises à vocation sociale jusqu’aux organismes communautaires, travaillent pour le bien public et social du Canada. Certains groupes reflètent la diversité des collectivités qu’ils servent, mais la distribution des fonds et l’accès au financement demeurent inégaux. Souvent, les organismes de la communauté noire sont négligés. Tout n’est pas gris, cependant. La recherche axée sur la race fournit des données précieuses pour inciter des organismes à créer des solutions et à combler le fossé. Le travail ne fait que commencer, et il faut poursuivre les démarches pour que le secteur fonctionne pour tout le monde.

 

Nos auteurs et autrices invité.e.s s’expriment à titre personnel. Leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles d’Imagine Canada

Le Sector Leadership Department (service de leadership sectoriel) du Centre for Young Black Professionals (CEE) est le chef de file de la communauté des organismes axés sur la communauté noire, dirigés par des personnes noires et au service des populations noires. Le service de leadership sectoriel du CEE est né du besoin de durabilité organisationnelle au sein de la communauté. Nos principaux objectifs consistent à renforcer la capacité en matière de leadership et le poids de ces organismes, et ce, par l’entremise de nos trois principales initiatives : la communauté de pratique, les (micro)subventions d’action et Black To The Future. Grâce à ces initiatives qui englobent l’engagement communautaire, la cocréation et la compétence culturelle, nous visons à offrir aux organismes de la communauté noire la possibilité de développer leurs compétences et d’élargir leur portée afin de garantir leur durabilité. Nos programmes comprennent, entre autres, les laboratoires d’apprentissage, le sommet « Black To The Future » et l’administration fiduciaire.

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