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Priorités et défis pour les organismes à but non lucratif au deuxième trimestre de 2022

Priorités et défis pour les organismes à but non lucratif au deuxième trimestre de 2022

Washington Community Market

Le deuxième trimestre de 2022 a commencé sensiblement comme le premier, avec une nouvelle vague de COVID‑19. Par contre, les gouvernements n’ont pas jusqu’à maintenant indiqué qu’ils prévoyaient réinstaurer les mêmes mesures sanitaires qui avaient été mises en place lors des précédentes vagues, ce qui laisse entendre que nous entrons dans une nouvelle ère de gestion de la pandémie. L’autre événement majeur qui touche le monde entier en ce deuxième trimestre est, bien sûr, la guerre en Ukraine. Outre les préoccupations d’ordre humanitaire évidentes, la guerre a des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement déjà éprouvées et sur l’inflation.

Dans ce deuxième billet de notre nouvelle série d’articles de blogue trimestriels, nous abordons certaines des grandes tendances qui ont une incidence sur les organismes de bienfaisance et les organismes à but non lucratif (OBNL) du Canada au cours du deuxième trimestre de 2022.

Le secteur continue de faire face à des difficultés et de l’incertitude sur le plan financier

Dans le cadre de la plus récente Enquête canadienne sur la situation des entreprises (ECSE), plus de la moitié des OBNL (53 %) ont déclaré avoir généré moins de revenus en 2021 par rapport à 2019, près d’un quart (23 %) indiquant avoir subi une baisse de revenus d’au moins 25 % 1. En 2021, nous faisions état que le secteur connaissait une reprise en forme de K, c’est-à-dire une situation où certaines organisations se sont rétablies alors que d’autres éprouvent toujours des difficultés financières importantes. Les plus récentes données de Statistique Canada montrent que, dans l’ensemble, cette tendance s’est poursuivie tout au long de 2021. Nous n’avons pas encore de détails sur l’impact financier des cinquième et sixième vagues de la pandémie ou de la guerre en Ukraine sur le secteur sans but lucratif, mais nous nous attendons à ce que cet impact ne soit pas le même pour tous les organismes.

Les OBNL, tout comme les particuliers et les entreprises, sont touchés par l’inflation. L’impact de l’inflation sur le terrain est bien illustré par cet article sur les services de popote roulante. Centre d’action bénévole Rimouski-Neigette livre de 325 à 350 repas par semaine, mais la hausse du prix de l’essence et des aliments risque de les empêcher de poursuivre leur mission. Vous pouvez consulter une analyse économique plus approfondie de l’impact de l’inflation sur le secteur ici.

Les préoccupations liées au personnel persistent

Les préoccupations en matière de recrutement et de maintien en poste du personnel ont fortement augmenté au dernier trimestre de 2021 et étaient toujours présentes au début de 2022. La plus récente ECSE a révélé que 36 % des OBNL s’attendaient à ce que le recrutement de personnel qualifié demeure un obstacle à surmonter au cours des trois prochains mois, et 32 %, à ce qu’il soit difficile de maintenir en poste du personnel qualifié 2

Les répercussions que peuvent avoir la pandémie fantôme en santé mentale et celle liée à la COVID longue sur la main-d’œuvre du secteur constituent un aspect important de cette tendance concernant les préoccupations liées au personnel. La COVID longue touche un grand nombre de personnes qui ont attrapé la COVID­‑19, y compris celles qui n’ont pas souffert d’une forme grave de la maladie. Nous n’avons aucune donnée précise relativement à l’impact de la COVID longue sur le secteur sans but lucratif en particulier, mais une étude récente de son impact laisse entendre que cet impact pourrait être important. Statistique Canada a par ailleurs indiqué que l’incapacité liée à la santé mentale au sein de la population active canadienne était en hausse 3. Dans le secteur sans but lucratif, de nombreux rôles consistent à soutenir des personnes et des communautés qui vivent des situations difficiles, un travail éprouvant sur le plan émotionnel et traumatisant à certains égards. Cela peut entraîner une fatigue de compassion et des problèmes de santé mentale en temps normal, d’autant plus exacerbés en période de pandémie. Rebekah Sears, du Bureau de la paix et de la justice du Comité central mennonite du Canada, a récemment écrit un article (en anglais) dans lequel elle soutient que de nombreux OBNL devraient être considérés comme étant exposés aux traumatismes et que du soutien devrait être offert au personnel de ces organismes. 

Au vu de toutes ces tendances concomitantes, les employeurs doivent se préparer à gérer une main-d’œuvre qui présente des taux d’invalidité plus élevés et qui a de nouveaux besoins en matière d’accessibilité.

Fusions et fermetures : une tendance à surveiller

Depuis le début de la pandémie, nous avons été nombreux à nous demander si nous allions assister à une vague de fermetures ou de fusions dans le secteur sans but lucratif en raison des difficultés financières et opérationnelles vécues par certains organismes. Jusqu’à présent, rien ne laisse croire qu’il y a eu un grand nombre de fermetures liées à la pandémie. Cependant, de nombreux organismes ont bénéficié de la Subvention salariale d’urgence du Canada et de la Subvention d’urgence du Canada pour le loyer ainsi que d’autres possibilités de financement d’urgence. La fin de ces programmes d’aide pourrait marquer le début d’une série de fermetures ou de fusions d’organismes au sein du secteur sans but lucratif.

La plus récente ECSE demandait aux entreprises si elles prévoyaient fusionner avec d’autres entreprises ou en acquérir d’autres au cours des 12 prochains mois. Seulement 0,6 % et 0,8 % des OBNL avaient des projets d’acquisition et de projets fusion respectivemen 4. Malheureusement, nous n’avons aucun point de référence relativement à ces chiffres, de sorte qu’on peut difficilement interpréter les données, mais on peut néanmoins dire qu’il ne semble pas y avoir un déluge de fusions à l’horizon. Or, un rapport récent du Royaume-Uni (en anglais) révèle que le nombre de fusions d’organismes de bienfaisance dans ce pays a atteint un sommet en cinq ans, si bien qu’il faudra surveiller de près cette tendance au Canada.

Activités de collecte de fonds et de sociofinancement sous haute surveillance

Dans son budget 2022, le gouvernement fédéral annonçait qu’il comptait mettre en place de nouvelles exigences applicables aux plateformes de sociofinancement et aux fournisseurs de services de paiement pour contrer le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes. Cette annonce a été faite dans la foulée des grandes manifestations à Ottawa et dans d’autres villes ainsi que des blocages de postes frontaliers qui ont fait les manchettes au début de l’année. Les organisateurs de ces manifestations ont collecté des fonds pour soutenir leurs efforts par l’entremise de plateformes de sociofinancement, et tant les médias que les parlementaires se sont interrogés sur la provenance de l’argent et son utilisation.

Les plateformes de sociofinancement sont des outils numériques pouvant être utilisés par des particuliers, des groupes et des organisations de toutes sortes pour amasser des fonds. La facilité avec laquelle on peut organiser des campagnes fait de ces plateformes un moyen pratique de collecter de l’argent. Il va de soi que les organismes de bienfaisance utilisent également les plateformes de sociofinancement; toutefois, faire un don à un organisme de bienfaisance, peu importe la méthode, ce n’est pas du tout la même chose que de donner de l’argent à un particulier ou à une « cause » non réglementée. Si vous rencontrez quelqu’un qui est préoccupé par la récente couverture médiatique du sociofinancement, nous vous recommandons de répondre que les organismes de bienfaisance sont soumis à des exigences de transparence et de responsabilité auxquelles ne sont pas assujettis les particuliers qui utilisent les plateformes de sociofinancement.

Dernières observations

Malgré les défis qui persistent au sein du secteur sans but lucratif, 83 % des OBNL déclarent être plutôt ou très optimistes quant à l’avenir de leur organisme au cours des 12 prochains mois 5. Ce pourcentage est supérieur à la moyenne de l’ensemble des entreprises et témoigne du haut niveau de résilience dans notre secteur. Nous avons toujours besoin du soutien de nos bailleurs de fonds et de nos partenaires du secteur privé et du gouvernement, mais cette résilience nous aidera à surmonter l’incertitude persistante à laquelle nous faisons face.

 

1 Statistique Canada. Tableau 33-10-0489-01, Revenus en 2021 par rapport aux revenus en 2019.

2 Statistique Canada. Tableau 33-10-0469-01, Obstacles à surmonter par les entreprises ou organismes au cours des trois prochains mois, premier trimestre de 2022.

3 Statistique Canada. Augmentation de l’incapacité liée à la santé mentale chez les travailleurs canadiens pendant la pandémie, 2021.

4 Statistique Canada. Tableau 33-10-0476-01, Intentions des entreprises ou organismes de développer ou de restructurer leur entreprise ou d’acquérir d’autres entreprises ou organismes au cours des 12 prochains mois, premier trimestre de 2022.

5 Statistique Canada. Tableau 33-10-0488-01, Perspectives d’avenir au cours des 12 prochains mois, premier trimestre de 2022.

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